22 avril 2014

Crossover entre "Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?" et "Je, nous et les autres" ou comment mêler une bonne comédie à l'anthropologie

  Diantre ! que ce titre est long ! Mais je n'ai pas trouvé mieux afin de situer les choses. Enfin bref, vous l'aurez compris de prime abord, je vais vous parler aujourd'hui d'une comédie qui est sortie mercredi dernier et que je viens juste de voir, la trouvant incroyablement réussie; sauf que, cela serait trop simple de vous laisser avec une critique positive parmi le flot d'autres critiques positives à son sujet donc, j'ai voulu rajouter une petite pierre à l'édifice, tout en restant bien évidemment dans la thématique qui est l'appréhension à l'Autre, comme nous pouvons le dire en anthropologie — si je peux vous ouvrir à cette discipline passionnante, j'en suis ravie !
  Mais trêve de palabres et mettons-nous au travail !

  ✒︎Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?
  Ce film a été réalisé par Philippe de Chauveron que je ne connaissais qu'en tant que scénariste du film Neuilly sa mère de Gabriel Julien-Laferrière que j'avais beaucoup apprécié. De fait, j'y suis allée plutôt confiante, ayant adoré l'idée de base qui touche d'ailleurs l'ensemble de ma propre famille (tout est résumé sur l'affiche), ayant entendu de bonnes critiques et appréciant l'ensemble des comédiens à l'honneur; ma seule réticence résidait en fait — et paradoxalement — dans l'emballement général, à la manière d'un film de Dany Boon qui au final me décevrait car creux par moments.

  Au niveau du traitement de la thématique, il est plutôt réussi. C'est l'un des points que nous aurions pu craindre puisque le raisonnement sur la confrontation entre deux cultures est ici poussé à l'extrême, la famille Verneuil étant d'abord confrontée à trois puis quatre cultures différentes, ce qui aurait pu créer des situations trop lourdes ou des gags médiocres. Et pourtant, force est du casting et du scénario bien ficelé, la bataille des clichés et des lieux communs entre toutes ces communautés est très drôle — et le moins que nous puissions dire est que chacun en prend pour son grade !
  Le couple que forment Christian Clavier et Chantal Lauby est délicieusement irrésistible, chacun abordant la différence et la confrontant à sa manière.
  Les gendres ne font que se taquiner, ce qui rend d'autant plus légère l'ambiance général qui ne se focalise ainsi pas seulement sur les intolérances de leurs beaux-parents et montre ainsi que nous sommes tous l'Autre de quelqu'un, et c'est là que réside l'intelligence de ce film, à mon avis.
  Je ne veux pas vous dévoiler la fin du film, même si elle est prévisible, mais la confrontation entre les pères des futurs époux (la dernière des Verneuil avec Charles, le fils d'un Ivoirien) est également réussie et apporte une nouvelle fois la preuve qu'à jouer préjugés contre préjugés, au final, cela s'annule puisque cela nous fait descendre au même niveau que notre "adversaire".

  En bref, j'ai vraiment été conquise, l'amie qui était avec moi également et je n'ai jamais entendu une salle qui riait constamment dans une salle de cinéma; car il n'y a pas de cassure de rythme, le film est bon et c'est constant; on rit d'un bout à l'autre sans que ce soit des sketchs pour remplir des blancs, ce qui est un tour de force.
  Si vous ne l'avez toujours pas vu, ruez-vous — oui, carrément — dans votre cinéma !

★★★★★

  ✒︎Je, nous et les autres, François Laplantine
  Si vous êtes intéressés par ces questions, j'ai choisi un petit livre qui pourrait vous plaire, notamment toute la partie intitulée "Critique de l'identité" de laquelle je vous ai extrait deux passages afin de vous donner une idée du contenu — je ne vais ainsi pas vous livrer une critique de ce livre mais je vous le recommande chaudement car il est passionnant et mordant, c'est vraiment plaisant à lire.

  "L'identité et avec l'ethnicité une production idéologique qu'a contribué à cautionner l'anthropologie coloniale. Mais elle n'a aucune réalité opératoire. Elle dissimule plus qu'elle n'éclaire. Mobilisée chaque fois qu'il s'agit d'éviter de penser l'altérité qui est en nous, le flux du multiple, le caractère changeant et contradictoire du réel ainsi que l'infinité des points de vue possibles sur ce qui est potentialité ou devenir, elle leste plus qu'elle ne fait avancer. L'identité est bien un énoncé performatif. L'affirmation du nom suffit à faire exister la chose comme dans la fameuse preuve dite "ontologique" de l'existence de Dieu : de l'idée de ce dernier, on déduit son existence. Mais c'est un énoncé performatif qui se fait passer pour constatatif. C'est une injonction (à la disjonction) agissant dans le sens d'une réduction et d'une simplification.", "Critique de l'identité, L'inflation identitaire".

  "L'homme identitaire s'interdit la faiblesse, se plaît à s'affirmer et surtout à se montrer grand et fort, gonflé à bloc. Il se monte le bourrichon. Il ne s'aperçoit pas qu'en frimant il est en fait dans le renoncement (à toutes les autres possibilités de l'existence).", "Critique de l'identité, Des signes absolus ruisselant de vérité".

★★★★★

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  Avec tout ça, vous êtes parés pour changer le monde ! Veuillez excuser mon emballement, je dois dire qu'il se fait tard au moment où je rédige cet article mais, étant arrivé au bout de celui-ci, vous aurez pu vous rendre compte qu'avec une très bonne comédie et un petit livre bien pensé, il est possible de renverser des réalités malheureusement encore trop présentes dans nos sociétés — réalités qui ne seront pas prêtes de disparaître mais là, cela nous renvoie à d'autres travaux anthropologiques.
  Aussi, si vous avez d'autres références, n'hésitez pas à les partager, de même que vos critiques, commentaires ou autre.

—xoxo

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